C’est vraiment l’hôpital qui se moque de la charité. Pas forcément bien ordonnée et chrétienne lorsqu’elle émane du Syndicat de la magistrature, le même qui avait affiché en son temps, sous le règne de Nicolas Sarkozy, sa remarquable impartialité bien connue avec son « Mur des cons » resté célèbre et accusant nombre de personnalités même du monde judiciaire et politiques trop marquées à droite. Il n’empêche: cet arrêt de la Cour de cassation, la plus haute juridiction judiciaire de notre pays, a confirmé que le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti passerait l’hiver prochain par la case du prétoire. En l’occurrence celui de la Cour de Justice de la République, le seule juridiction à même de juger les délits éventuels de ministre dans leur fonction. Ce « machin » pas vraiment apprécié des trois derniers chefs de l’Etat, les deux plus anciens ayant même émis le souhait en leur temps de le voir dispararaître, n’avait jamais encore eu à ce jour l’occasion de juger un ministre en plein exercice. Elle ne s’était contentée jusqu’alors que de condamner ou relaxer des éminences ministérielles alors qu’elles n’étaient plus en poste. C’est de l’inédit. Ca fait quand même désordre de voir le patron de la chancellerie se retrouver en position en quelque sorte de sursis. Il n’imaginait probablement pas retrouver l’atmosphère fiévreuse des procès ayant jalonné sa première vie, celle du ténor du barreau baptisé « Acquittator » du temps de sa splendeur. Et de devoir se défendre de l’accusation de prise illégale d’intérêts. Il aurait profité de sa situation pour régler ses comptes avec trois ex-magistrats du parquet national financier (créé sous François Hollande) spécialisé dans la chasse aux « gros gibiers » et un ex-juge d’instruction monégasque auxquels il s’était opposé lorsqu’il portait encore la robe noire d’avocat. Ah les vilaines accusations. Et quelque aubaine pour ses opposants nombreux de la magistrature et les politiques de gauche et s’extrême-gauche. « Quelle république bananière » a glissé comme peau de banane bien mûre forcément le premier des socialistes, Olivier Faure. Pour qui ce renvoi constitue du pain bénit. Une offrande tellement gourmande. Ca ne mange pas de pain rassis. Mais pas perdu pour toute le monde !
Une bonne partie de l’opposition s’est évidemment lancée dans la chasse (dont l’accusé est amateur) à une « espèce » pas vraiment protégée. EDM n’aggrave-t-il pas encore son cas, pour d’autres accusateurs et surtout accusatrices, toujours les mêmes, pour être opposé à l’interdiction de la corrida. Comme tant d’autres élus de toutes tendances politiques et afficionados géographiquement concernés par cette pratique que personnellement je réprouve sans aller jusqu’à son interdiction. Libre à chacun de vivre en effet sa passion éventuelle. C’est ce qu’on appelle respecter la notion de liberté.
C’est une autre arène qui l’attend vraisemblablement au coeur de l’hiver. Une situation néanmoins embarrassante pour l’exécutif, même si la Première ministre lui a renouvelé publiquement et sans la moindre réserve sa confiance à l’aune de cette décision devant l’envoyer devant la barre comme accusé. Dans la prolongation très récente de son maintien place Vendome, une volonté beaucoup plus présidentielle que « matignonesque » au demeurant alors que le chasseur n’entendait pas perdre sa place. Le paradoxe veut que le clivant ministre vient de reçevoir un satisfecit largement majoritaire des députés (même issus des oppositions) en faisant voter sa loi Justice entérinant sur les quatre ans à venir une hausse considérable des moyens de son ministère. Il se félicitait alors, il y a quelques jours de la « fin de la clochardisation » de son ministère.
Hasard du calendrier, Elisabeth Borne se rend demain dimanche à Pau, capitale du Béarn, sur les terres de son maire, François Bayrou, à l’occasion de l’arrivée du Tour cycliste féminin. Ironie du sort, son « roi de Navarre, Lou Bayrou » n’avait pas fait long feu comme garde des Sceaux puisque le premier des « chanceliers de sa majesté » Emmanuel Macron, avec un règne limité à une dizaine de jours avant d’être arrêté par la patrouille puisque visé par une enquête préliminaire pour des soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen au sein du groupe MoDEM ! Ce qui l’avait contraint à la démission. Et accessoirement ruiné en grande partie ses ambitions nationales. Six ans après, la justice n’est toujours pas passée ! Et là Eric Dupond-Moretti n’y est pour rien…