« Aujourd’hui on vit côte à côte, je crains demain que l’on vive face à face ». Combien cette phrase tellement prémonitoire d’un ministre visionnaire, datant de 2018, reste hélas de plus en plus d’actualité avec tous ces sombres événements qui s’enchaînent. De façon inexorable. Elle avait été prononcée lors de son départ surprise de Beauvau par Gérard Collomb, maire de Lyon pendant une vingtaine d’années, ancien député puis sénateur. L’un des rares poids lourds socialistes à l’époque à avoir cru en un « petit jeune » sorti de nulle part ou presque, Emmanuel Macron, élu un an plus tard président de la République. Son premier soutien parmi les plus décisifs avec celui de François Bayrou pour conquérir l’Elysée. Le chef d’état en avait fait son premier ministre de l’Intérieur. Un poste où il n’est resté que 16 mois avant de quitter de son plein gré et avec un peu de fracas ce ministère pour préparer notamment son retour (manqué) électoral dans la capitale rhodanienne où il restait néanmoins simple conseiller d’opposition communautaire. Jusqu’à ce que le maladie qui l’a emportée hier samedi ne l’atteigne il y a peu plus d’un an. Il ne s’en était pas caché comme tant d’autres avant lui. Il ne pesait certes plus sur la politique nationale, mais son nom restera néanmoins gravé dans le marbre de la grande histoire de cette ville et de ses illustres prédécesseurs premiers magistrats, dont le radical Edouard Herriot, l’une des figures emblématiques de la cité des Gaules et personnage central de la III e République il y a un siècle. Les hommages (en dépit de la concurrence de l’actualité tant nationale qu’internationale) n’ont évidemment pas manqué dont celui du couple Macron qui a salué en lui leur « ami cher, un homme d’Etat qui incarnait l’ascension et l’autorité républicaines ». Même si les liens affectifs s’étaient depuis son départ de Beauvau distendus…Ainsi va la vie ! Comme ce beau titre ce dimanche du quotidien régional: « Le Lyon est mort »…Un bel hommage !
La coïncidence a voulu qu’hier soir ou presque à la même heure de l’annonce de la disparition de Gérard Collomb, à l’âge de 76 ans, une manifestation avec environ 80 membres cagoulés et vêtus de noir de l’ultradroite de la région de Romans-sur-Isère ne sème le désordre lors d’affrontements violents avec des forces de l’ordre dans le quartier de la Monnaie, secteur d’où sont originaires la plupart des protagonistes de l’expédition meurtrière de Trépol. Ce face à face musclé s’est achevé sur une vingtaine d’interpellations suivies de gardes à vue et plusieurs blessés. Leur slogan: « la rue et la France nous appartiennent ». Non messieurs les nervis, pas plus la rue que la France ne vous appartiennent. Et pas davantage à ceux que vous pourchassez de votre haine raciste…Il y a des genres de défilés que l’on aimerait voir au plus vite disparaître dans ce climat déjà trop anxiogène d’affrontements communautaires. Ce n’était pas rendre hommage au jeune Thomas que de se comporter de la sorte avec cette expédition punitive. Effroyable une fois encore. Ce n’est hélas pas gagné dans le contexte de violence extrême existant dans notre pays !