C’est sorti même de la bouche de Madame la Première ministre, au lendemain de ce camouflet: le gouvernement ne fera pas l’usage d’un énième 49-3 pour faire passer le texte sur l’immigration. Une sage décision confirmée ce mercredi matin par la voix de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, même si elle aboutira selon toute probabilité (on voit mal comment les oppositions de droite, de gauche et des extrêmes changer de pied) au rejet de la loi. Comme on voit tout aussi mal que le texte ne soit pas durci et ne ressemble pas comme deux gouttes d’eau au projet voté par le Sénat en première lecture après son passage devant la commission technique paritaire qui se réunira en début de semaine prochaine. Une commission plutôt marquée à droite quant à sa constitution. Le suspense semble très limité. L’opposition entre le président de la commission des lois, Sacha Houllie de l’aile gauche de Renaissance et le président du groupe majoritaire au Sénat, Bruno Retailleau, tous deux membres de ladite CTP, risque d’être chaude ! Le sénateur vendéen qui a revu cette loi à sa sauce semble le mieux placer pour l’emporter.
Des chiffres selon la police ou plus exactement de son ministre, Gérald Darmanin, laisseraient penser, selon son décompte, qu’une quarantaine de députés de Renaissance et du MoDEM seraient susceptibles de jouer à leur tour les frondeurs et ne voteraient pas ce texte avec une ligne rouge à ne pas franchir pour l’aile gauche de la Macronie: la refonte de l’aide médicale d’Etat. Niet, niet et trois fois niet alors que du côté du Rassemblement national, Marine Le Pen ouvre toujours la porte à une acceptation si l’exécutif Républicains, comme un appel d’air à l’immigration avec une loi permettant la régularisation à la carte de travailleurs venus d’ailleurs dans les métiers à tension comme la restauration où le manque de personnels est criant.
C’est quand même gonflé de la part de la cheftaine du RN de toujours laisser croire à un possible arrangement. On peut mettre sérieusement en doute sa parole comme celle des Républicains très partagés dans nos campagnes et villes sur ce dossier inflammable. C’est aussi nécessaire de se souvenir que les regroupements familiaux ont été décidés par des gouvernements de droite dans un autre siècle où certes les données chiffrées en terme d’immigration n’étaient pas les mêmes à l’époque.
Les élus locaux LR qui restent en force sur l’ensemble de notre territoire et qui eux sont confrontés comme la maire de Calais, Natacha Bouchard (qui vient de d’appeler à l’aide par écrit de ses souffrances et celle de sa population locale à la commission mixte paritaire) à une situation de tous les dangers migratoires de façon permanente au quotidien, n’ont pas les mêmes préoccupations politiciennes que leurs « amis » politiques députés bien confortablement installés dans l’hémicycle. Cet épisode peu glorieux de refuser l’examen de cette loi et ses conséquences possibles sur leur électorat ne va que creuser le fossé déjà assez large existant entre les uns et les autres. Surtout lorsqu’on accepte de voler au secours de l’extrême-gauche dont on connait le soutien sans réserve à la cause migrationniste, surtout maghrébine et africaine. Marlex-Ciotti-Panot-Bompard, même combat. On croit cauchemarder avec cette alliance contre nature et surtout très opportuniste. Sauf retournement peu probable d’ici janvier, le texte de Darmanin prendra donc la direction de la poubelle ! Merci qui ? Et au moindre fait divers tragique impliquant des migrants, leurs dirigeants tonneront encore et encore contre le gouvernement jugé coupable de laxisme. Ce qui n’est pas faux par ailleurs dans certains domaines du régalien, le talon d’achille des équipes gouvernementales sous l’ère Macron. Mais se rendre complices en refusant la discussion et la possibilité d’utiliser des nouveaux outils (même jugés insuffisants) pour tenter de limiter la casse ne leur permettra pas d’obtenir un certificat de bonne conduite. Se déporter à la fois à gauche et à droite restera toujours périlleux ! Un « en même temps » en version cette fois-ci républicaine et non pas macronienne…Après le champagne de lundi soir et notamment chez les Insoumis il y en a qui vont vite déchanter ! «Il y a des limites aux manœuvres parlementaires » à même eu le courage de déclarer, la verte Delphine Batho, ancienne ministre sous Hollande et la seule députée sur les 142 députés de la NUPES à avoir voté contre la motion de rejet. Et pourtant elle n’est guère soupçonnable…d’intelligence avec « l’ennemi » Macron !