Il allait entrer dans sa 99 e année ! Toute la classe politique lui a rendu hier soir un hommage mérité. A droite comme à gauche. C’était un homme d’une grande humilité. Un politique tellement différent de ses semblables autrement plus ambitieux et n’ayant pas pour seul intérêt, celui de la France! Mais plutôt le leur. « Un inépuisable artisan de notre construction européenne » comme l’a souligné entre autres Emmanuel Macron. Le dernier grand architecte de l’Europe pourtant tant décriée et assurément une grande figure de la gauche socialiste. Un socio-démocrate de valeur…et de grande rigueur morale tellement éloignée de certain de ses contemporains en politique. Et de leurs successeurs !
Ancien proche conseiller de Jacques Chaban-Delmas, pendant les trois ans passés à Matignon par le maire de Bordeaux avant d’être renvoyé par Georges Pompidou, Jacques Delors, issu du monde syndicaliste chrétien à la CFTC, avait rejoint l’équipe du futur chef de l’Etat François Mitterrand avant de prendre les rênes du ministère des Finances où il fut un apôtre de la rigueur. Un tournant dans le premier septennat de « Tonton ». Avant, trois ans plus tard, d’être élu président de la Commission européenne où il resta dix ans entre 1985 et 1995. Où il fut le père d’Erasmus, un programme permettant aux étudiants d’aller dans les principales capitales de l’ancienne Europe, pas celle d’aujourd’hui et surtout bien sûr l’un des initiateurs de la monnaie unique européenne, avec François Mitterrand et le chancelier allemand Helmut Kohl.
On lui prêtait des intentions réelles de se présenter à la présidentielle de 1995 avec des sondages le donnant favori. Jusqu’à un dimanche soir de décembre 1994 où sur le plateau de l’émission phare « 7 sur 7 » animée par la journaliste vedette de l’époque, Anne Sinclair, il surprit tout le monde avec une heure de discours très programatique en vue du scrutin du printemps prochain. Devant une audience record de 13 millions de nos compatriotes. Un score digne d’un match de coupe du monde de l’équipe de France de football.
Pas de doute, il allait se lancer officiellement. Jusqu’à cette formule restée choc dans bien des mémoires, surtout celles des socialistes douchés par l’annonce : « J’ai décidé de ne pas me présenter à la présidence de la République. Je vais atteindre les 70 ans. Il est plus raisonnable d’envisager une vie plus équilibrée entre la réflexion et l’action ». Et il ne revint pas, au grand désespoir de son camp, sur sa décision laissant ainsi quelques mois plus tard Lionel Jospin faire un score un score certes honnête mais perdant contre Jacques Chirac. Dont la destinée a peut-être aussi changé ce dimanche soir de décembre 94 avec cette défection surprise. Un beau cadeau de Noël avant l’heure pour le grand Jacques. Qui pas vraiment favori dans son duel fraticide avec son « ami de trente ans » Edouard Balladur, remporta néamoins la mise du casino élyséen. En dépit de tous ces coups de couteau plantés dans le dos de sa marionnette des « Guignols de l’info ». Il avait bien croqué la pomme au cours de sa troisième tentative présidentielle enfin victorieuse ! La réparation de la fracture sociale, son slogan de campagne, lui avait porté chance.
PS: C’est un tout autre duel que celui que se livrent depuis quelques jours les soutiens et les farouches opposants et surtout opposantes de « Gégé » Depardieu. D’un côté une tribune signée dans le Figaro d’une cinquantaine d’artistes dont des grand noms du cinéma et du théâtre (il y a encore des courageux et surtout des courageuses) et de l’autre une réplique sanglante dans le Monde de cent cinquante féministes plus exitées s’attaquant au passage aux déclarations du chef de l’Etat jugées scandaleuses. Depardieu-Macron, même combat dans l’acceptation de la « culture du viol » L’outrance n’est jamais bonne. Il ne faut peut-être pas pousser le bouchon un peu trop loin. Attention aux éclaboussures !