Un premier bras de fer à distance entre deux jeunes loups aux grandes dents. Sur fond de future bataille européenne déjà dans bien des esprits, même si la majorité présidentielle se cherche toujours désespérement sa tête de liste. Il serait grand temps d’ailleurs que la fumée blanche sorte. Mais l’affaire n’est pas mince. Son candidat naturel pressenti, Stéphane Séjourné, ayant été promu au gouvernement et les deux sortants du remaniement, potentiels remplaçants, Olivier Véran et Clément Beaune, ayant beaucoup de choses à se faire reprocher du chef suprême, la candidature d’un eurodéputé tendance écolo, et actuel président de la commission Environnement à Bruxelle, Pascal Canfin, est aussi totalement à exclure. Surtout qu’elle pourrait être interprétée comme une provocation très malvenue à l’égard du monde agricole. Un vent de révolte souffle en effet dangereusement dans nos campagnes après avoir touché celles de plusieurs pays européens. Ce n’est donc pas été étonnant si à quatre cents kilomètres de distance, les deux « minots » Gabriel Attal et Jordan Bardella, en qui certaient voient un possible affrontement à l’horizon 2027, se sont offert un petit déplacement de câlinothérapie auprès du monde rural, et des agriculteurs à cinq mois du scrutin européen. Si le premier avait choisi un village du lyonnais, pas trés éloigné du beaujolais, pour y rencontrer cent-cinquante anonymes dans un format certes réduit du grand débat de son mentor Emmanuel Macron, dans le prolongement de la crise des Gilets jaunes, le second avait lui choisi une exploitation viticole dans le bordelais, ce même samedi. Quelle coïncidence bienvenue. Une région qui souffre aussi beaucoup en terme de commercialisation de ses précieux flacons. Son vignoble ne va pas fort. Et le jeune président du RN, comme la patronne, ont mis de l’eau dans leur vin.
Le mouvement qu’il préside se prétend aujourd’hui en vue de l’échéance de juin prochain être le meilleur rempart et défenseur du monde « paysan » alors qu’il n’a cessé depuis des années de l’affaiblir à Bruxelles et Strasbourg par ses prises de position et ses votes. L’Europe à l’origine de tous les maux (30 % de son budget est consacré à l’agriculture !) mais sans laquelle la situation serait autrement pire sans les aides accordées par le Parlement. Marine Le Pen et son dauphin « Flipper », lui aussi très populaire, surfent sur la colère facile de tant de branches professionnelles. C’est un métier. Ils n’ont pas honte alors qu’ils ne proposent souvent rien. Sinon de raser gratis. Une question de mauvaise d’habitude.
En attendant, on ne saurait néanmoins leur faire l’injure de ne pas avoir profité des « conneries » des instances européennes de plus en plus pointilleuses dans les interdits environnementaux néfastes aux professionnels de l’agriculture du vieux continent et aussi bien siphonné les voix du monde paysan passé majoritairement chez le Rassemblement national alors que le vote de droite et du centre était très fort dans nos campagnes. Mais ça s’était avant…Dans un autre siècle où la population agricole ne pesait pas 2 % comme aujourd’hui !
PS: Un monde d’avant où l’on ne parlait pas encore heureusement des aggressions intolérables dont sont victimes les élus de nos territoires, petits et grands. Qui, en 2023, ont progressé de 15 %. Un chiffre impressionnant. Le dernier en date concerne le maire LR de Marcq-en-Baroeul, une grosse collectivité située dans la métropole lilloise. Edile qui de retour de ses vacances de fin d’année a constaté que le système de freinage de son véhicule avait été sabotté. De mieux en mieux. Ou plutôt de pire en pire.