Quand Michel Barnier rejoue la farce d’un maître Pathelin contemporain !

A la fois un petit théâtre de piliers de bar bruyants et cancres turbulents, parsemé de commentaires souvent lourdingues. C’est sans la moindre surprise que les députés de la France insoumise nous ont offert hier l’une de leur prestation dont ils ont le secret en brandissant d’entrée leurs cartes d’électeurs, une façon de déplorer la non-momination de leur championne, Lucie Castets. Le degré zéro de la politique comme ils aiment à la pratiquer, dès les premiers mots de la longue tirade (une heure et demie) du nouveau Premier ministre, dans son discours de politique générale. Un exercice aussi complexe que périlleux dans une Assemblée si morcelée. Ou l’art d’en lâcher le moins possible. Tel un funambule, le très calme Michel Barnier n’a cessé de godiller entre les thèmes défendus à la fois par la gauche et la droite. Un coup par çi, un coup par là, en quelque sorte un « en même temps » dans sa propre version. Matinée forcément par une citation du général de Gaulle, datant de 1942 à ses compagnons de la Libération: « faire beaucoup avec peu, en partant de presque rien » (Emmanuel Macron a dû apprécier) et quelques références habiles à des hommes de gauche comme Pierre Mendès-France et Michel Rocard et même Edouard Philippe, l’un de ses prédécesseurs à Matignon. Il est certes resté dans une certaine incantation, en rappelant les cinq principaux chantiers qui lui tiennent à coeur. Il n’en pas trop dit, surtout sur celui lié à une meilleure justice fiscale, juste esquissée. Il faudra attendre le 7 octobre prochain au démarrage de la discussion sur le budget.

Les députés de LR, à l’heure de sa conclusion où il a sa surtout fait part de sa volonté de dégager des compromis. « Dégagez » lui a riposté un Insoumis de façon très élégante, se sont levés pour l’applaudir timidement imités et de façon minoritaire par leurs nouveaux alliés du gouvernement d’Ensemble pour la République. Au sein desquels pour la symbolique, Gabriel Attal et Gérald Darmamin faisaient fauteuil côté à côte ! Une proximité amusante lorsqu’on connait leurs différences d’approche et rivalité passée et surtout future…

Mais là où il a été le meilleur c’est bien dans ses réponses aux différents chefs des groupes politiques. S’il n’a pas répondu au propos somme toute critique mais mesuré de Marine Le Pen, « qui ne veut pas entraîner la pays dans le chaos » il nous en revanche distillé quelques petites phrases dignes de la farce de Maître Pathelin, l’une des plus célèbres pièces du théâtre comique médiéval considérée comme la première oeuvre comique de la littérature française…toujours restée anonyme.

Mathilde Panot, dans son registre habituel d’aboyeuse, s’est vue de façon très élégante remise à sa place par son interlocuteur: J’ai du mal à comprendre votre ton et agressivité et plus vous serez agressive, plus je serai respectueux ». Et Mathilde a même esquissé un sourire ! Et chacun en a pris effectivement pour son grade, mais avec une certaine élégance pateline. C’était à la fois classe et clash mais distillé avec une bonne dose d’humour pince sans rire à l’image du regret dont il fit part au président du groupe socialiste, Boris Vallault. « J’ai l’impression que vous aviez rédigé votre propos avant que je ne prononce mon discours. Je vous prie de m’excuser… » C’était pas mal vu et il ne concernait pas que le socialiste ! Une vraie « master-classe ». Il y en a eu pour tout le monde même pour son prédécesseur à Matignon épinglé lui aussi !

Dernière heure: il n’y a pas eu la moindre surprise ce matin: la commission des lois de l’Assemblée nationale a rejeté massivement la proposition de la France insoumise relative à la destitution du chef de l’Etat. Échec et mat à 54 députés contre 15 pour.

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