Jean-Louis Debré s’est éteint: adieu patron!

Il aimait la France et les Français ! Et en premier lieu bien sûr les habitants de sa ville, Evreux, sa terre d’adoption élective, qui, aujourd’hui, pleurent leur ancien maire. Un seul mandat, peut-être, abrégé par sa nomination au Conseil constitutionnel, mais néanmoins encore dans toutes les mémoires. Alors journaliste à « Paris-Normandie » Je me souviens encore de sa campagne électorale victorieuse de 2001, face à une autre grande figure politique locale, le communiste, Roland Plaisance, victime de son « combat de trop ». Je le revois distribuer seul ses stylos de couleur dans son long porte à porte pendant sa campagne électorale, puis un peu plus tard, j’entends encore son téléphone sonner dans mes oreilles. Avec une petite marseillaise, souvent, lorsqu’il recevait un appel du grand « Jacques » Chirac qu’il imitait à la perfection. Dont il a été l’ami fidèle et le confident pendant si longtemps et dont il avait fait connaissance dans un aéroport à Orly, en 1967, lorsque son père, Michel, alors chef du gouvernement, le père de la constitution de la V e République, l’avait emmené avec lui pour accueillir le général de Gaulle, de retour d’un célèbre déplacement au Québec. Il aimait raconter combien sa jeunesse, en culottes courtes, avait été ô combien marquante. Ce n’était pas permis à tout le monde de cotoyer le général de Gaulle. Il a en effet grandi à Matignon et à l’Assemblée Nationale, aussi, (où il pratiquait le patin à roulettes dans les couloirs) dont il allait devenir un président très respecté. Par tous les bancs de l’hémicycle. Son « plus beau souvenir d’homme politique » comme n’a pas manqué de le témoigner l’actuelle présidente, Yaël Braun-Pivet, dans son hommage à « un immense serviteur de l’Etat ».

Quel parcours exceptionnel en effet que celui de Jean-Louis Debré, pourtant souvent considéré comme le « vilain petit canard » d’une dynastie familiale prestigieuse. Qui, très jeune , devait avoir les mains propres lorsque la famille Debré était reçue à dîner par le général de Gaulle. « Nous avions des consignes de notre mère à chaque fois. Elle nous inspectait et on avait intérêt à être propres, mes frères et moi ». Elle nous disait: « quand le général vous pose une question: vous répondez oui mon général ». On imagine la scène.

Qui ne se souvient pas encore de son face à face dans un autre de ses « uniformes », celui de président du Conseil institutionnel avec son…ennemi intime, Nicolas Sarkozy, dans les salons de l’Elysée, lors de son intronisation comme chef d’Etat . De ses anecdotes teintées de beaucoup d’humour, sa grande force, lorsqu’il raconte sa présidence chez les sages entre d’autres rivaux célèbres, dans leur cohabitation d’ex du palais élyséen, VGE et Chirac ! C’était aussi un grand conteur, imitateur , bretteur…et « acteur » (qu’il est devenu avec succès ces dernières années) lorsqu’il venait sur les plateaux de télé, pour ne pas ménager ses principales têtes de turc, Nicolas Sarkozy et le dernier en date, Emmanuel Macron, qu’il n’épargnait pas de ses vives critiques, après l’avoir soutenu à la présidentielle de 2017. La liberté de parole, il l’a bien utilisée jusqu’à son dernier souffle, survenu au coeur de la nuit.

Le sens de l’intérêt général, il le connaissait tant au niveau eurois-il a été député de la 1 e circonscription de 1986 à 2007-et ebroïcien que national. Avec cet empilage de casquettes des plus hautes responsabilités de l’Etat qu’ils a remplies en surprenant positivement souvent même ses adversaires politiques. Qui toutes tendances confondues lui ont rendu l’hommage qu’il méritait. De François Hollande à Jean-Luc Mélenchon et André Chassaigne, l’ex patron des députés communistes, en passant par les amis de la famille gaulliste, de son successeur à l’Assemblée nationale, Bruno Le Maire, très nombreux à lui témoigner affection et peine, comme les élus locaux de la ville préfecture de l’Eure, après sa disparition annoncée ce matin. Des qualificatifs que je reprendrai à mon compte après avoir pris connaissance tôt ce matin, grâce à un message d’une proche familiale, avant de recevoir un second dans la foulée d’une ancienne ébroïcienne, professionnelle du tourisme: « J’apprends la mort de Jean-Louis Debré. Je sais combien tu l’appréciais…Tristesse partagée ». Elle ne pouvait pas dire mieux mon amie de vingt ans! Même si ma collaboration comme Directeur de la Communication de la Ville d’Evreux, après cinq ans de « mandat » auprès de mes « chers amis élus » (il en reste encore beaucoup en poste) ne s’est pas terminée comme je pouvais l’espérer. Encore que cinq ans c’était déjà pas si mal dans ce job à risques. Tous mes successeurs à ce poste n’ont pas connu à ce jour pareille longévité ! C’est la vie…mais ça restera néanmoins comme un excellent souvenir professionnel. Je l’aimais toujours notre Jean-Louis fidèle à son écharpe bleu azur, qui, de temps en temps, me faisait l’honneur et la gentillesse de me lire. Et lorsque nous nous retrouvions pour parler d’Evreux et de la politique nationale, lors d’une séance de dédicaces de l’un de ses livres à Pacy-sur-Eure et le hasard d’une rencontre au marché, un matin de réveillon de Noël, il y a deux ans, au Cap-Ferret dans le bassin d’Arcachon, où la famille Debré possède une villa. Et où il était connu comme le loup blanc, le verbe et la poignée de main faciles avec des têtes connues et inconnues. Le plaisir de toujours partager en toute simplicité et fraternité. Fraternité comme celle de cette fête annuelle qui perdure et que j’ai eu le plaisir et l’honneur à mon niveau d’organiser sa première édition avec mon adjointe de l’époque, Coumba et mon équipe chargée de l’événementiel. Ca ne s’oublie pas ! D’autant plus que c’était, pour évoquer encore cette rencontre fortuite, le dernier Nöel de mon épouse dont je lui avais appris la maladie survenue quelques mois plus tôt. Il nous avait alors souhaité « bon courage ». La marque d’un « gentil ». Ces quelques lignes bien modestes lui sont dédiées…Adieu patron !

La coïncidence a voulu qu’il disparaisse quelques heures après la diffusion d’un téléfilm avec Julie Gayet, dans le rôle de l’une de ses héroïnes d’écriture, son autre passion, Olympe de Gouges, femme de lettres et première femme politique et féministe, guillotinée le 3 novembre 1793 pendant les heures terribles de la Révolution transformée en Terreur !

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