Une bonne camisole, docteur!

Alors là, je suis bon pour la camisole de force. Des infirmiers psychiatriques ne vont pas tarder à venir chercher. Je vais tout de même peut-être avoir le temps de venir vous conter le délire qui m’a réveillé et travaillé cette nuit.

Je me retrouve embarqué dans le passé. Comme dans un film. Pas si lointain puisque datant seulement de quelques semaines. Je plante le décor: un stade avec des supporters chauds comme la braise. Il s’agissait probablement de ceux de l’équipe visiteuse qui ne venaient pas pour nous applaudir.

Direction ensuite, non pas les vestiaires ou la pelouse pour un ultime décrassage, mais une salle de réception et une grande estrade où je ne vois que des femmes.Des blondes, des blondes platinées et même vénitiennes, des brunes, des noires, des argentées, des auburn, des rousses. J’en passe et des plus belles. Flamboyantes ou pas. Souriantes et décidées. Assurément. Un peu intimidées pour certaines d’entre elles. Normal c’est leur premier bal sans robe longue. C’est aussi une soirée de rentrantes (les petites nouvelles) et sortantes (déjà élues). Et devant elles, un chef d’orchestre élégant au pupitre sans baguette. Le seul homme de la troupe. Un barbu poivre et sel. J’ai dû déjà le voir récemment à la télé, mais je ne me souviens plus dans quel film catastrophe. Ca va me revenir. Il y est souvent question de blouses blanches, de chefs de service médicaux aimantés par d’autres plateaux, ceux de télévision.

Mon hésitation ne va pas se prolonger bien longtemps. Car j’avais oublié de vous notifier que plusieurs centaines de « fans » se retrouvaient massées devant la tribune. Scandant un vibrant « Edouard, Edouard, Edouard ».

J’en ai déduit qu’il devait s’agir de l’acteur principal du film. J’ai également omis, dans mon empressement et mon égarement, de vous préciser qu’une nouvelle règle du jeu avait été appliquée pour ces élections municipales. Rien que des femmes et seulement deux hommes. Le futur maire bien sûr (il ne faut tout de même pousser le bouchon trop loin) et un vulgaire citoyen tiré au sort, comme pour le jury s’assises. Je n’ai jamais gagné au loto, mais là bingo. C’est pour « ma pomme ». Et me voilà me retrouvant au cœur d’une superbe assemblée féminine. Je sais par avance que sur les 59 candidates, une vingtaine d’entre elles, dans le meilleur des cas, disparaîtront sur le champ de gloire. Egoïstement, je pense surtout à la quarantaine restante. Rien que pour moi. Le maire, lui, il va devoir bosser comme un malade. Evidemment pour compenser toutes…ces faineantes. Je plaisante bien sûr. Surtout que les femmes élues sont souvent les plus performantes dans la durée. Ma longue expérience d’observateur en témoigne. Parité oblige.

C’est là que je me revois recevoir un tombereau de sifflets de la salle, mixte elle!

Lors de la présentation des artistes, le chef me casse d’entrée auprès de mes futures collègues en relatant des performances sportives peu glorieuses dans ma lointaine jeunesse. Un procédé franchement déloyal.

« Notre ami, dit-il avec un petit sourire aux lèvres, sera, je l’espère, plus performant parmi nous que pendant sa très brève carrière sportive en vélo où il a connu davantage la proximité avec la voiture-balai plutôt que le podium et la remise du bouquet offert au vainqueur ». C’est d’un drôle. A pleurer de rire.

Mes bras de looser m’en tombent Quel tacle appuyé. Ce n’est parce qu’on est au stade Océane, que je dois recevoir pareil affront.

Le chef retrouve heureusement le vrai fil de son propos pour rappeler avec quel talent littéraire les grandes lignes de ma carrière professionnelle. Je passe car ma modestie pourrait en souffrir terriblement. Cela n’intéresse personne.

Après les sifflets bien mérités à mon égard, succèdent des applaudissements nourris de la foule en délire. Ils ne m’étaient pas destinés. Mais pour lui, toujours le grand barbu. Un premier de la classe qui parait-il, lorsqu’il n’est pas dans sa ville de cœur loge dans un hôtel à Paris. De Matignon, me souffle dans l’oreille, une de mes voisines. De Matignon ? Connais pas.

J’entends la sonnerie. Au revoir les amis. Les blouses blanches viennent me chercher. Et là, la sacrée douche froide. Le rêve se transforme en cauchemar. J’avais pourtant « réservé » deux ravissantes infirmières pour qu’elles me flagellent le cas échéant en ce jour de rameaux. Et je tombe sur deux costauds moustachus qui n’ont pas l’air de rigoler. Deux armoires normandes totalement démodées. J’espère qu’ils vont très vite s’apercevoir de la méprise…

Un doux rêveur qui pense bien à vous.

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