Un bicentenaire plutôt morne plaine que Austerlitz!

On pourrait presque en rire. Jaune du côté des nostalgiques de « l’Empereur des Français » dont on va célébrer cette année le bicentenaire de sa mort survenue sur l’île lointaine de Sainte-Hélène. En quelque sorte victime de son confinement insulaire, un comble pour le natif d’Ajaccio et d’un certain variant britannique très méchant.

Plus sérieusement deux cents ans après sa mort, le 5 mai 1821, et à titre posthume, Napoléon va livrer un nouveau combat sans faire fort heureusement des…morts sur les champs de bataille mais des déceptions pour les nostalgiques de l’Empire, au niveau mémoriel.

C’est peu probable en effet que l’hommage officiel à ce « fils » de la Révolution, serviteur des Armées républicaines dans un premier temps, soit en effet honoré avec une grandeur toute napoléonienne. Limité pour le moment à quelques expositions aux Archives nationales ou au Musée de l’Armée. Pas un grand faste et…sacre d’empereur en perspective. Le minimum si j’ose dire syndical. Et pourtant il semble que le vainqueur d’Austerlitz fasse partie du Panthéon macronien. Mais là prudence à l’égard de celui dont le nom reste bien sulfureux puisque souvent affublé de noms d’oiseaux bien éloignés de l’aigle impérial « boucher, tyran, esclavagiste, mysogine ».

L’hommage d’une nation qui lui doit beaucoup mais qui le boude de façon paradoxale car le personnage historique préféré néanmoins des Français avec le général de Gaulle et Louis XIV, traîne derrière lui une image pas vraiment de saint homme (il fut aussi le père du Concordat avec l’Eglise et des libertés retrouvées pour la communauté juive) avec toutes ses centaines de milliers de morts, ses fidèles grognards, tombés sur les champs de batailles à la fois glorieuses et sanglantes et autant, si ce n’est plus, dans le camp d’en face. Ses anciens ennemis, anglais, prussiens et russes qui, depuis plus d’un siècle, contrairement à une grande partie de nos compatriotes, le vénèrent et le rangent au Panthéon des géants.

Même le Premier ministre de sa gracieuse majesté, Sir Winston Churchill, avait disposé dans sa résidence de province des bustes de l’Empereur dans toutes les pièces. Et dire aussi que la plupart des objets portés par le vainqueur d’Iéna et Arcole, battent tous les records d’enchères partout dans le monde. Comme ce bicorne acheté près de 2 millions d’euros par un acheteur…sud-coréen au portefeuille non bridé.

Une figure historique de légende controversée donc pour un roman noir maculé de sang du maître de l’Europe qui avait dû déjà souffrir, où plutôt ses admirateurs, du ratage mémoriel du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz, zénith de l’épopée napoléonienne, le président Jacques Chirac ne goûtant guère son héros à une époque où beaucoup, en décembre 2005, se « planquèrent » pour éviter toutes les polémiques possibles.

« Ses rêves de grandeur ont entrainé bien des malheurs », assure notamment l’ami resté fidèle jusqu’au bout en bon grognard du Grand Jacques, Jean-Louis Debré,qui préfère comme d’autres se souvenir « de l’immense législateur auquel la France contemporaine doit énormément avec l’auteur des codes civil et pénal toujours en usage » et tant d’autres souvenirs toujours bien vivants, côté face. Et non le côté pile beaucoup plus sombre, avec notamment le rétablissement en 1802 de l’esclavage aboli huit ans plus tôt par la Révolution. Sa tâche peut-être la plus noire (sans mauvais jeu de mots déplacé) dans ce parcours sans pareil mais qu’il faut replacer dans le contexte de l’époque.

Pour le coté face comment oublier qu’il a été, entre autres, à l’initiative de la création du Sénat, du corps préfectoral, de la Cour des comptes, de la Banque de France, des lycées, du baccalauréat, du Conseil d’Etat, de la Bourse de Paris confiée aux mains de Théodore Brongniart et de façon peut-être plus anecdotique de la numération paire et impaire des rues de Paris. Excusez du peu!

Est-ce vraiment étonnant si le « père » de l’Arc de Triomphe et de la fondation de Napoléon-Ville, ville chef-lieu de la Vendée nommée ensuite La Roche-sur-Yon, principalement aussi accusé d’avoir trop aimé faire la guerre, a dû se contenter d’une petite rue modeste baptisée Bonaparte et non Napoléon, dans le quartier latin du VI e arrondissement alors que ses maréchaux, ont donné leurs noms à plusieurs grands boulevards certes périphériques pour plusieurs d’entre eux. Un paradoxe supplémentaire pour ce bicentenaire de la discorde et pas seulement autour de la célèbre place elle de la Concorde, qui, sous un autre nom, celui de la Révolution, fut le théâtre d’une autre page historique de notre histoire. Où un roi et une reine y perdirent leur tête…

En ce jour de la fête des amoureux, faut-il souhaiter que chaque Valentin ne perdra pas la sienne pour honorer comme il se doit sa Valentine…Et pas seulement « Osez sa…Joséphine » non pas de Beauharnais, en version chanson d’Alain Bashung! La vraie Joséphine a elle laissé son nom à Evreux, une rue menant à la préfecture…

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