Un « cap’tain » s’en est allé pour sa dernière escale

Mon « cap’tain » préféré s’en est allé. Pour sa dernière escale. En Vendée, une région chère à son coeur comme au mien. Il y avait terminé sa carrière de policier chez les « sudistes » à Fontenay-le-Comte, en décembre 2001, comme j’avais démarré la mienne de jeune journaliste aux Sables d’Olonne, plus au nord, à la fin des années soixante-dix. Nous nous sommes rencontrés à Louviers où il dirigeait le commissariat de police. C’était en 1986. Le début d’une histoire d’amitié personnelle aussi. Celle avec un homme qui, de toute évidence, a laissé une belle empreinte dans l’ancienne cité drapière. L’annonce de sa disparition à l’âge seulement de 74 ans, m’a laissé hier sans voix. Que d’émotion et de souvenirs professionnels et privés au cours de ces huit ans de « compagnonnage ». Que les « anciens combattants » aimaient à se raconter depuis que nous nous étions retrouvés après quelques longues années de silence. Mais pas d’oubli. Loin s’en faut. C’est ce qui d’ailleurs m’avait incité à essayer de retrouver sa trace par le biais des réseaux sociaux. Une enquête rondement menée et avec succès. Et le début d’une nouvelle aventure il y a deux ans, hélas perturbée par la difficulté de se déplacer. Je lui avais même fait part il y a quelques mois d’un projet de retraite sablaise. Une perspective (finalement abandonnée il y a peu) qui l’enchantait. Il m’avait alors glissé: « On vieillit tous les deux, ca serait bien que tu ne tardes pas trop ». J’ignorais alors qu’il souffrait depuis trois ans d’insuffisance rénale grave qui très prochainement devait le contraindre à démarrer des séances de dialyse. Le coeur a finalement lâché alors qu’il devait être transféré, après s’être senti mal à son domicile, de l’hôpital de Fontenay vers celui de Niort.

C’était un fidèle de mon blog et partageait très souvent mes analyses. La politique a aussi été l’un des fils rouges de notre « histoire » personnelle. A travers notamment, mais pas seulement bien sûr, le prisme de notre profond désamour (même si le fonctionnaire de police conservait son devoir de réserve) commun à l’égard de l’ancienne maire RPR de Louviers, Odile Proust qui nous le rendait bien. Des difficultés relationnelles pour des raisons autres que politiques! Que d’anecdotes mémorables peut-être pas toutes racontables, mais il y a prescription. Elle nous en a fait des misères à l’époque. J’avais d’ailleurs pour ce qui me concerne failli être… »tréporté », plus clairement être muté au Tréport. Lui était déjà parti pour la Vendée et je résista jusqu’en 1995, quelques semaines après sa défaite aux municipales, avant de rejoindre la rédaction d’Evreux de « Paris-Normandie », à ma convenance. Et non contraint et forcé.

Comment pourrais-je ne pas me souvenir que l’une de ses deux filles, Marie-Noëlle, a été la première baby-sitter de mes deux jeunes enfants à Louviers, et surtout qu’il nous avait invités mon épouse et moi à plusieurs sorties en mer sur son magnifique voilier « Elise-Maritana ». On en a fait quelques ports normands et surtout bretons, du nord au sud, de Saint-Vaast-la-Hougue jusqu’à Quiberon. Il avait d’autant plus de mérites que son passager (en rien clandestin, ça aurait fait désordre) n’avait pas vraiment des capacités de grand navigateur et le pied marin. Et je ne fus pas d’un grand secours pour les manoeuvres. Davantage pour le ravitaillement de l’équipage, qui était plus dans mes…cordes. On s’est également retrouvés sur l’eau alors qu’il venait de rejoindre le commissariat de Fontenay pour une traversée beaucoup plus brève et moins aventureuse en…barque dans la « Venise verte »! Il n’y avait alors pas besoin de hisser les voiles…Il suffisait de ramer.

Comment pourrais-oublier aussi mes visites quotidiennes au commissariat pour ce que dans notre jargon on appelait les « chiens écrasés » avec ma tournée l’après-midi chez les pompiers, gendarmes et mon final immuable à l’hôtel de police où je retrouvais Gérard pour fait un point sur les éventuels faits marquants des dernières heures. Qui de temps en temps se finissait dans le pub d’à-côté pour une petite bière bien méritée où nous échangions sur tout et surtout sur rien. C’était en quelque sorte notre buvette de l’Assemblée nationale où nous devisions, comme par hasard souvent sur la…politique. Forcément. Il arriva même une fois, la seule, où je le suivis à toute vitesse, dans sa voiture car, en ma présence, il reçut un appel désespéré d’un ami commun lui annonçant son désir d’abattre ses chiens avant de se donner la mort. Et nous voilà arrivés à son domicile en campagne devant un portail fermé et le démarrage de pourparlers pour tenter de la dissuader de commettre l’irréparable. De longues minutes d’angoisse, car le copain, un sanguin, était puissamment armé. Après avoir escaladé ledit portail (nous étions plus souples à l’époque) nous avions réussi à le convaincre. Ironie du sort, quelques années plus tard, « Pierrot » me rendit une petite visite amicale à la rédaction d’Evreux. Et le lendemain de cette rencontre qui ne laissait rien entrevoir, j’appris qu’il était parvenu, cette fois-ci, à mettre fin à ses jours…Nous en avions alors reparlé à l’époque avec Gérard. Une personnalité intègre à la faconde joviale (ses origines nord-africaines de pied-noir) et tellement attachante qui a fait honneur à la police d’une autre époque. Ses anciens subordonnés des Andelys et de Louviers, entre autres, n’ont jamais oublié celui qui, comme me l’a confié hier son épouse, Annick, « le tenaient en haute estime ». La meilleure preuve n’est-t-elle pas que trois de ses hommes l’aient suivi en Vendée, avant qu’il ne prenne sa retraite. Une « filière » lovérienne en quelque sorte pas très loin de l’océan, cher à son coeur et à sa passion: la voile. Il aurait presque pu reconstituer une équipe de basket lovérienne, avec ces renforts, s’il avait pu. L’attrait de la région n’explique pas tout. Bon vent là-haut, Gérard. On t’aimait tellement. Mais franchement, tu aurais pu attendre bien des années. Au-revoir, Monsieur Diès! Un grand « bonhomme » estimable que j’ai eu le bonheur et l’honneur de croiser pendant ma carrière professionnelle, comme quelques autres, notamment à Evreux. Des connaissances devenues de fidèles ami(e)s très chers en dépit de l’éloignement. Ils et elles se reconnaitront. Amitié avec un grand A. Et ce modeste hommage, hélas, il ne sera pas, cette fois-ci, en capacité de le commenter…

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